Dix-neuf ans à regarder
de petites machines.
Le site est né un soir de l’été 2007, le jour où Asus a annoncé un ordinateur à 299 €. Il est toujours là. Entre les deux, il y a eu quelques années dorées, une longue traversée, et un redémarrage.
Été 2007
Je viens de finir le lycée. J’apprends à coder un site web en lisant des forums tard le soir — HTML d’abord, CSS la semaine d’après, quelques lignes de PHP quand je veux faire le malin. Comme beaucoup de gens qui découvrent ça à 18 ans, je cherche un prétexte pour publier quelque chose.
Le prétexte arrive en juin, sur un site américain de news tech. Asus annonce un drôle de petit ordinateur portable pour la rentrée américaine d’octobre, prévu en Europe quelques mois plus tard. Pas un laptop classique, pas un PDA, autre chose. Sept pouces, moins d’un kilo, sans disque dur, à 299 dollars. Le projet s’appelle Eee PC.
Je commande le nom de domaine la semaine suivante. Le site sert d’abord à raconter ce qu’on sait sur la machine — fiche technique glanée, photos volées, hypothèses sur la disponibilité française. C’est essentiellement une veille publique, en attendant que l’objet existe vraiment.
Ce que c’était, l’Eee PC
Il faut le poser, parce que le mot netbook n’existait pas encore en 2007 et que les gens qui ont vingt-cinq ans aujourd’hui n’en ont jamais croisé. L’Eee PC 701, sorti en France au début 2008 sous le nom 701 4G, c’était :
- Un châssis blanc ou noir de 920 grammes, à peu près la taille d’un livre de poche un peu épais.
- Un écran 7 pouces, 800×480 pixels — une résolution qu’on trouve aujourd’hui sur un thermostat connecté.
- Quatre gigaoctets de stockage en mémoire flash soudée. Pas de disque dur mécanique, ce qui était à la fois nouveau et très limitant.
- Une distribution Linux maison (Xandros), avec une interface gros boutons pensée pour des gens qui n’avaient jamais touché à Linux.
- Un prix de lancement de 299 € en France. À une époque où le laptop d’entrée de gamme tournait autour de 800 €.
Pris en main aujourd’hui, l’engin paraît minuscule et un peu pataud — le clavier est trop petit pour des mains adultes, l’écran rend mal dès qu’on ouvre deux fenêtres. À l’époque, c’était un choc. Un PC qui rentre dans un sac à dos d’étudiant, qui démarre en quinze secondes, qui ne coûte rien. Personne n’avait fait ça avant à cette échelle.
Asus a vendu l’engin à plusieurs millions d’exemplaires sur les deux premières années. Acer, MSI, HP, Samsung ont copié dans la foulée. Une nouvelle catégorie venait de naître, on l’a baptisée netbook, et elle a tenu le haut de l’affiche de 2008 à 2011.
L’âge d’or — 2007 à 2012
Quand l’Eee PC débarque en magasin en France, le site a déjà six mois d’avance sur la presse généraliste. C’est suffisant pour exister dans les résultats Google sur la requête « eee pc test », à un moment où ça pesait quelque chose. Le trafic décolle en quelques semaines.
Les marques se mettent à envoyer des machines à tester — Acer Aspire One, MSI Wind, Samsung NC10, HP Mini, Dell Mini 9. Le site devient une référence française sur la niche pendant cinq ans. On n’a jamais été le plus gros, on n’a jamais doublé Clubic ou Les Numériques, mais sur les netbooks et leurs descendants directs — les premières générations d’ultrabooks Intel, les Asus Zenbook UX21, les premiers MacBook Air 11 — on était dans le peloton de tête.
Cinq ans, c’est court vu d’aujourd’hui. À l’échelle d’internet, ça fait deux ou trois cycles de produits et autant de redesigns du site.
La traversée — 2012 à 2025
Vers 2012, le netbook meurt. Officiellement, c’est Asus qui annonce l’arrêt de la gamme Eee PC à la fin 2012. En réalité, il était mort depuis l’iPad de 2010 et le MacBook Air 13 redesigné de 2010-2011. Les gens qui achetaient un netbook à 300 € découvrent qu’ils voulaient en fait une tablette. Ceux qui voulaient une vraie machine montent en gamme vers l’ultrabook, qu’Intel pousse à coups de campagnes massives la même année.
Le site continue, mais sans angle propre. La catégorie qu’il documentait n’existe plus, et la suivante (ultrabook) est tellement large que tous les sites tech français en parlent. Ultraportables.fr se retrouve à publier des tests de plus en plus génériques, dans un marché de plus en plus concurrentiel, avec une équipe d’une personne et demie qui a aussi un vrai métier à côté.
Le trafic baisse lentement. Les articles continuent à sortir, plus espacés, moins frais. Entre 2015 et 2022, on publie en moyenne dix papiers par an — assez pour que le site ne meure pas, pas assez pour qu’il revive. À partir de 2023, c’est essentiellement un fonds documentaire : les archives restent consultées, on ne produit plus grand-chose de neuf.
Le redémarrage — 2026
On relance vraiment cette année. Le déclencheur tient à une observation simple : la catégorie qui a fait naître le site est revenue, sous d’autres noms. On ne parle plus de netbook, mais de MacBook Air M4, d’ARM fanless, de laptops 5G/eSIM intégrée, de Snapdragon X Elite, de fonds de gamme à moins d’un kilo. C’est la même obsession — fabriquer une machine qu’on peut tenir d’une main, qui dure une journée sans prise, qui ne chauffe pas dans un sac — avec dix-huit ans d’avance technique.
Et c’est, à nouveau, un terrain mal couvert. Les généralistes parlent de tous les laptops, donc de mal de chacun. Les chaînes YouTube anglophones font du contenu, mais sur le marché US, avec des modèles qui n’arrivent pas toujours en France ou avec une autre configuration. Il manque un endroit français qui se concentre sur ce sous-genre précis, en assumant l’angle.
Le projet de 2026 est plus ambitieux que celui de 2007. On retravaille tout le fonds patrimonial (une centaine d’articles, dont le vieil annuaire des modèles disponibles en France qu’on tient depuis le début), on remet en route les tests en main propre sur cinq à dix modèles par an, on documente la méthodo et la charte au lieu de les sous-entendre. La logique commerciale est simple, transparente, posée dans la charte : affiliation Amazon, pas de pub, pas de sponsoring.
Pourquoi continuer
Parce qu’il y a une catégorie d’objets — un ordinateur portable léger qu’on emporte partout — qui a structuré ma vie professionnelle depuis le lycée. Je n’ai jamais eu de machine fixe à mon nom. Le premier site, je l’ai codé sur un MSI Wind acheté avec mes premiers revenus d’affiliation Amazon, en TGV vers Lille. La méthode que j’applique aujourd’hui pour juger une machine — l’ouvrir debout dans un aéroport, taper huit mille signes dessus, regarder si la dalle bave en lumière directe — vient directement de cette expérience-là.
Le site avait perdu cette obsession en cours de route, en essayant de couvrir un marché trop large pour ses moyens. On la remet au centre. Si tu cherches l’ordinateur le plus fin pour ton sac de déplacement, l’ultraportable qui tiendra ton aller-retour Paris-Marseille sans charger, ou le clamshell ARM le moins frustrant à l’usage, c’est ici qu’on veut être le plus utile.
La méthodo détaille comment on teste. La charte explique ce que ça nous coûte et qui paye. La newsletter envoie un mail par mois — pas plus, jamais sponsorisé. Et si tu veux nous écrire, c’est par le formulaire de contact.
Le site est tenu depuis Paris par une petite équipe sans rédaction salariée. Direction éditoriale et rédaction principale assurées en interne. Tests, illustrations et veille marchés : collaborateurs ponctuels, cités au cas par cas dans les articles concernés.
Dernière mise à jour : 20 mai 2026